Je fuis enfin l’hôpital. J’ai un peu l’impression de revenir de la guerre. Des charniers, surtout, à vrai dire. Sonya me ramène en voiture, l’Espace de son père, je crois qu’elle va me laisser seul. Au fond de moi je me dis que même si elle s’inquiète elle ne voudra pas subir l’énumération de mes problèmes existentialistes toute la soirée, donc, elle dort pas chez moi, donc, c’est pas encore ce soir que je me la tape. Une fois arrivés, elle me recommande de l’appeler si j’ai envie de parler, je lui proposerais bien de monter, mais je crois qu’elle se sentira plus à l’aise avec quelques kilomètres de câbles téléphoniques entre nous. Elle claque sa portière, la voiture s’éloigne, je la regarde, par réflexe. Sur le pare-choc arrière elle a posé des autocollants en forme de fleurs.
Je ne saurais pas décrire Sonya, physiquement. A vrai dire, ça serait dur, faut imaginer une fille très commune, avec les cheveux mi-longs, un faux air triste accroché sous le nez en permanence et un faux air inspiré au-dessus. Elle semble toujours beaucoup réfléchir avant de parler, et chaque mot semble lui caresser les ovaires avant de traverser les cordes vocales. C’est le genre de fille avec qui on a envie de coucher mais qu’on n’imagine pas au lit. Elle a une belle peau claire, presque pâle, sensée certainement rappeler une maladie de l’âme. C’est une artiste, après tout.
Oui, elle ressemble à une intellectuelle qui parodierait une intellectuelle, pourtant, elle n’est pas bête, je sais qu’il y a bien plus de fond dans son esprit océanique que dans la marre où je me noie. Je remonte chez moi, retrouver l’appartement que j’espérais ne jamais revoir. Je ne m’y sens pas bien, pourtant il est confortable, lumineux, de son troisième étage, c’est un grand studio, avec une cuisine à part, et une baignoire. Baignoire que je ne suis plus prêt d’utiliser, sauf peut être pour changer une ampoule en écoutant « les magnolias ». Pour la première fois depuis longtemps je me sens seul. Depuis le départ de mon ex, Diane, il y a un an, je me rend compte que plus rien ici ne semble m’attendre, m’accueillir, ni cette fille qui m’a servie de copine pendant huit ans, ni ses affaires, meubles, habits, rideaux, chat crétin qui chie uniquement à l’heure du repas. Je me rends compte que je n’étais pas si dépaysé à l’hôpital, sauf que chez moi il n’y a pas d’odeur, ni la vieille, ni les produits, le liquide de nettoyage, la lessive…
Je me sens étouffer, à des bras et des pas de tous ces objets pour lesquels j’ai économisé avidement afin de les posséder, parce qu’ils me faisaient envie. Parce que chez les autres, ils semblaient vivants. J’appelle Sonya sur son portable :
- Sonya ?
- Germain ? Tu te souviens que je suis en caisse ?
- Sonya, je me sens pas bien chez moi…
- Je suis désolée, je t’aurais bien proposé de dormir chez moi mais j’ai le vernissage d’Audette ce soir. Je suis déjà à la bourre.
- C’est normal, t’inquiète pas, ça choquera personne.
- Appelle Antoine, ou Jerém. Mets-toi de la musique en attendant.
- Non Antoine a bloqué ma chaîne sur CD, j’ai que des cassettes.
- Tu sais pas comment marche ta chaîne ?
- Toi tu dois savoir c’est la même que la tienne.
- Y’a deux boutons à tourner, ça te passera le temps, je dois raccrocher je fais n’importe quoi.
Il y a un bruit de klaxon derrière. J’espère qu’elle a tué une infirmière. Elle reprend :
- Et t’as pas un CD chez toi ?
- Non c’est Diane qui avait des CDs – j’en profite, perfidement, pour parler de la cause probable de mon malaise.
- Va en emprunter, je sais pas. Je raccroche. Ça te fera du bien de rester un peu seul, de t’affronter, un peu. A plus.
Elle raccroche.
La vache, je suis sûr qu’elle a pris son air inspiré du haut de la tête pour dire cette connerie. Comme si les grandes phrases étaient réservées aux artistes, des gens pensants, et bien pensants, mes parties oui ! J’ai jamais réfléchi pour griffonner sur un bout de papier !
Mais la Charolaise elle a pas tort. Si il y avait un peu de musique chez moi ce serait certainement plus accueillant. Quand je rentrais du boulot Daine était toujours là, elle finissait plus tôt que moi, elle était vendeuse, aussi, de fringues, enfin ceintures, sacs, rubans, tous les trucs que les gonzesses mettent pour se taper les mecs les plus beaux possible. Elle écoutait beaucoup de chanson française, et pas que de la vieille, du dark ou des machins comme ça, Noir Désir, Les Béruriers Noirs, bref, que des trucs très obscurs. On peut pas dire que j’aimais pas mais j’écoutais très distraitement, et puis ça m’empêchait de lire. Si, j’aimais bien Brassens, sauf « le cocu », quand elle la mettait je croyais qu’elle voulait me faire passer un message. Elle s’est cassée avec tous les CDs et m’a laissé la chaîne, j’avais pourtant bien calculé mon coup, j’y gagnais, mais j’ai l’impression qu’elle a été plus maligne que moi.
Demain j’irai emprunter des CDs à Jérém, Jérémy, un vieux pote. Enfin une connaissance plutôt, on s’apprécie pas mal mais on se voit pas plus d’une fois par mois, il fait souvent des soirées, j’y vais de temps en temps. Je l’avais évité un moment du temps ou il fréquentait encore Diane, je voulais plus la croiser, puis elle s’est cassée au Canada, avec son nouveau mec. En huit ans elle et moi on a déménagé de la place Alphonse Kaar à ici. En deux mois elle a parcouru la moitié de la planète avec lui. Cette notion des distances rend mon appartement encore plus exigu, ici il n’y a pas de courrant d’air, seulement de la bise.
Pourtant tout est propre, on peut pas dire, je suis pas un fan du ménage, j’ai pas vraiment le temps à vrai dire, mais comme je suis chez moi que le soir, entre la cuisine et la télé, ou dehors, j’ai que la table et le salon à ranger. Le lit à faire, tous les matins. On peut bien manger sur le sol, va, enfin je le ferais certainement s’il fallait pas passer la serpillière derrière. Tous mes meubles ressemblent à ma chaîne, j’ai pas fait les brocantes pour acheter des saloperies d’occasion sur lesquelles des pèquenauds ont pu copuler grassement, à chaque fois que j’avais besoin de l’un ou de l’autre de ses âpres rangements je faisais le tour de mes amis, des catalogues, pour choisir celui qui irait le mieux, et mon appart est un exemple d’organisation, structuré, fonctionnel, mais pas convivial, je dois le reconnaître.
Je n’échangerais ces objets pour rien au monde, mais leur assemblage ressemble à la fleur en pâte à modeler que j’ai faite quand j’avais six ans. J’avais choisi les plus belles couleurs pour les pétales et j’avais tout mélangé. J’ai obtenu une belle rose marron, enfin si on peut voir une rose dans une boule irrégulière écrasée d’un côté. Mon lit est grand, mais il est vide, ma chaîne meurt de faim, et ce soir les infirmières me manquent. J’ai une table en teck, contre le mur, et quatre chaises faites dans le même bois, parfaitement assorties, dont une se trouve séparée des autres et est placée devant la télé, noire, comme toutes les télés. Ma petite lucarne se trouve sur mon meilleur achat, un meuble noir aussi à roulettes qui pourrait soutenir un éléphant, et dont j’attends toujours de savoir comment utiliser les prodigieuses aptitudes, sinon pour ranger le programme de la semaine et le magnétoscope. Dans ma jeunesse chez mes parents on récupérait de vieux meubles biscornus et capricieux, dont les portes fermaient à peine, et qui branlaient considérablement. Quand mon père a eu des sous, ils se sont payés du tout nouveau mobilier, et une aire de bonheur solide et silencieuse s’est offerte à nous, de telle sorte qu’en m’installant j’ai tout acheté en neuf, et j’en suis très content.
Qu’est ce qui me plait vraiment, m’a-t-elle demandé ?
C’est pas vraiment une colle, y’a des tas de choses qui me plaisent. Mais pas qui me passionnent. Sur le coup j’ai répondu ces tas de choses, puis une par une je me rendais compte que c’étaient plus des habitudes, d’anciens loisirs, que des passions.
Taisons les inclinaisons naturelles des gamins pour les légos, les tyrannosaures, les insectes bizarres, les robots et les crottes de nez. Et tant d’autres. Le premier métier que je voulais exercer était postier – honte sur ma misérable existence – j’avais déjà l’ambition d’une mouche à merde passant d’une fiente à une bouse. En fait j’aimais le vélo, et écrire à mon meilleur pote de l’époque, Jean-Louis. Avec le recul y’avaient d’autres choix possibles, testeur de testos au tour de France ou commis littéraire, bref, j’hésitais entre philologie et sport extrême et ne cédant à aucun des deux je me décidai pour le métier le plus assommant et litanique que l’humain ait jamais créé. Tout dans le facteur me rappelle le glandage, la fainéantise, l’oisiveté, la cagnardise, et tous les dérivés linguistiques exprimant un minimum de travail demandant un minimum d’intellect.
Attention je dis pas que les facteurs sont cons, au contraire, ce sont les plus malins qui obtiennent ces postes prisés, des atoniques professionnels qui passent deux heures à mettre des lettres dans le bon trou, puis le reste de la journée à lézarder au bistrot pour pas avoir de tri supplémentaire à effectuer.
Je ne suis pas vraiment une bête de travail, mais suffisamment pour avoir choisi une autre voie. C’est surtout à l’adolescence que mes passions se sont multipliées. Les bandes dessinées d’abord, simplement parce que ça allait plus vite à lire qu’un Proust ou un long, fastidieux, ennuyeux et particulièrement pénible Balzac – un écrivain que j’apprécie par ailleurs, dans tout ce qu’il a fait d’autre et auquel je ne me suis jamais intéressé. Et forcement comme je voulais faire pareil, et raconter mes problèmes familiaux et sociaux au monde qui serait captivé, j’ai décidé de devenir dessinateur, avant de m’apercevoir que l’histoire ne faisant pas tout, gribouiller ne me conduirait nulle part. Soit je faisais une école, soit j’arrêtais précocement ma carrière pour m’orienter dans une voie pas déjà monopolisée par les Vinci, David, Cézanne, Dali, Vernet, Drouais, Boilly…
Ensuite il y a eu la période fille, donc j’ai voulu faire de la gratte, mais je me suis vite rendu compte que j’avais plus envie de savoir en faire que d’apprendre. Et puis on fait toujours ça en s’imaginant dans un groupe et à cette époque j’avais pas trop envie de fréquenter personne. J’en ai joué plus ou moins régulièrement pendant un an, un binoclard m’avait proposé de faire un duo pour progresser mais je voulais pas traîner avec ce naze, c’était un coup à perdre des amis, et à finir ingénieur. Je jouais du Nirvana comme tout le monde, c’est facile pour apprendre, la difficulté pour eux c’était d’arriver à se souvenir des notes complètement défoncés, alors y’en avait pas trop. Tout le monde a tripé sur « Smells like white spirit » mais j’accrochais pas au rock, ni à la musique en fait, ce qui est je pense un gros handicap pour un guitariste. J’ai failli faire bassiste, c’était plus simple, mais entre temps mon cœur était pigeonné par une autre passion.
Le jeu vidéo. Elle m’a accroché longtemps, cette garce à deux boutons, puis trois, puis six, pour ça elle ressemblait beaucoup aux filles que je draguais. Je jouais chez un pote tout d’abord, je m’incrustais chez lui tous les après-midi, j’étais doué, je finissais tous ces jeux, il a du être jaloux, après deux mois de séparation estivales il ne m’a plus accueilli, il avait d’autres potes avec des ordinateurs, je me suis donc acheté ma première console, c’est comme ça qu’on devient sociopathe dans le jeu vidéo, en n’ayant pas la bonne bécane. Malheureusement mes parents me laissaient pas jouer autant que je voulais, déjà ma mère femme au foyer décrochait pas de la télé et de ses jeux soit disant interactifs – j’ai pris une bonne cuite à la mort de Patrick Roy –, j’avais l’école, et quand mon père rentrait il me faisait bosser pour devenir ingénieur, c'est-à-dire, en gros, vérifier que les boulons entrent bien dans les vis, qu’on s’empale pas sur une chaise en s’asseyant dessus, qu’on peut ouvrir une boîte de raviolis au milieu de la brousse avec un couteau et un coton-tige sous l’effet du poison, avec un QI pour test estimé à quatre vingt quatorze.
Donc je jouais surtout le week-end, ratant peut être la seule occasion de ma vie de devenir cador à quelque chose que j’aimais. Quand j’ai commencé à bosser j’ai tout foutu en l’air.
Puis j’ai eu quelques autres passions de passage, photographie, pêche, peinture, mangas forcement quand Dragon Ball a envahi nos écrans avec ses singes qui pétaient la gueule aux extra-terrestres, Ken le survivant, et les chevaliers du zodiaque, qui se battaient pour qu’on accepte le diplôme d’Elizabeth Teissier à la Sorbonne. Puis une fois majeur j’ai bossé chez ma tante au magasin de thé, un été bien ennuyeux dans la commune de Saint-Pourcain-sur-Sioule, le village de l’autodérision, que des vaches, pas une fille, j’ai donc passé ma journée à apprendre les compositions par cœur. Avec l’argent que j’ai gagné je me suis payé une semaine à Tahiti, il a plu tout le temps et j’ai eu la chiasse. Et quand il pleut, ils sortent que les grosses vahinés, sûrement pour garder de plus larges parcelles de plage sèches. J’ai plus quitté la France après ça, sauf pour aller voir au Canada si Diane voulait pas rentrer, par hasard. Il a fait beau, mais j’ai eu la chiasse aussi, être pâle et pourrir les chiottes de son rival c’est pas la meilleure technique pour faire revenir quelqu’un.
Alors maintenant, qu’est ce que j’aime ? J’emprunterai Starmania demain, c’est agréable d’avoir des chansons qui parlent de soi, la serveuse automate, c’est exactement moi. J’aime mes amis, j’aime…Mes amis. J’aime les voir vivre. J’aime être chez eux, j’aime imaginer que Diane revient. J’ai collectionné les lubies, mais je n’ai jamais vraiment rien adoré, sinon la vie de couple. Peut être, voilà. La musique, le dessin, la peinture, la photographie, c’était pour impressionner Pascale, Florence, Sandrine, Stéphanie, Faustine, Fabienne, Sarah, Nathalie, Angélina, et Diane. Voilà ce que j’aime : être amoureux, être en couple, draguer les filles, m’imaginer avec elles. Je crois que j’ai trouvé ma passion. Depuis que la Diane est partie avec son morpion, je n’ai pensé qu’à son retour. Elle ne reviendra pas, il faut que je dégotte sa remplaçante. Je dois draguer. Grande première, en omettant la cassette que j’ai envoyée à ma cousine avec tous les grands duos romantiques, Peter et Sloane, Stone et Sharlène, David et Jonathan, Felix Gray et Didier Barbelivien…Mais ma cousine n’aimait pas la musique non plus.
Le téléphone sonne. Si c’est une nana, j’essaye de me la taper…Je décroche :
- Allo ? Germain ? C’est ta mère…
- Maman…Ça va ?
- C’est plutôt à moi de te demander ça !
- Et oui ! Tu vois c’était pas grave je suis déjà rentré…
- Tu bois trop ! Tu étais avec tes amis hein ? Et ils ont rien dit ? Ils étaient dans quel état je me demande ! Tes amis sont de mauvaises fréquentations. C’était mieux quand Diane te tenait en main !
- Maman…C’est fini, tout va bien, je bois pratiquement jamais, hier j’ai trop bu et j’ai pas envie de recommencer. Mais j’ai quelques soucis en ce moment…
- Ha quel gâchis de perdre huit années de ta vie avec cette fille charmante et de la laisser partir parce que tu ne veux pas faire d’enfant.
- Elle est pas partie pour ça !
Derrière j’entends mon père qui se tape le front. Dans les vieux couples en général il y a des dissensions, on se supporte bien plus qu’on s’aime, moi j’ai pas de chance, mes parents s’entendent comme au premier jour pour me pourrir l’existence.
- Chéri, essaye de l’appeler, je suis sûr que tu peux la convaincre de revenir. Moi elle ne m’écoute pas…
- Quoi tu…Tu l’as appelée ?
- Ecoute Germain ça fait un an que les choses traînent, que rien ne change, que tu ne lui donnes pas plus de sécurité. Je lui ai parlé de vos fiançailles et…
- Nos quoi ?
Je suis pétrifié…
- Je lui ai promis que si elle revenait je te ferai changer d’avis sur le mariage. D’ailleurs Dimanche le père Magrain vient manger après la messe. J’aimerais que tu viennes lui parler.
- Ha non ! Dimanche je vais chez Antoine, c’est impossible, je dis sèchement. Tu as vraiment appelé Diane ?
- J’ai promis au père que tu serais là, je l’ai fait venir exprès pour toi. Tu te rends compte dans quel embarras tu me places ? Tu veux tuer ta pauvre mère ?
Je l’entends brailler à une distance raisonnable du téléphone « chéri…Amène-moi une chaise ». Son souffle s’accélère, je me sens commettre un matricide.
- Tu viendras Dimanche ?
- En coup de vent alors…
- Tu vas louper la messe ? Tu comptes voir le père Magrain sans être venu à sa messe ?
- Maman je crois plus en dieu !
- Hooooooooooooo ne recommence pas avec ces sornettes !
Au fond à nouveau, ma mère suffoque « chéri parle-lui ». C’est l’heure du numéro du père, après le chantage affectif, la démonstration d’autorité.
- Allo !? A chaque fois que nous venons prendre de tes nouvelles tu mets ta mère en pleurs. Elle s’inquiète énormément pour toi, tu sais depuis le départ d’Alain tu es un peu tout ce qui nous reste, alors sois plus gentil avec elle.
Alain, c’était mon grand frère. Il les a fuit.
- Mais c’est elle qui m’impose…
- Ne parle pas comme ça, tu ne sais pas ce que c’est d’être parent, encore, pourtant c’est bien de ton âge. Il est temps de grandir, de devenir adulte, la bohème, ça n’a jamais mené personne nulle part. Mais à quoi tu penses ? On aurait du t’envoyer chez les Jésuites.
Les Jésuites. Parenthèse sur une bande de trépanés, à fond dans leur trip petit Jésus et martyr, j’te tape avec un cierge et je t’encule à la nuit tombante, pour te purifier les intestins du diable qui ta bite. Je t’apprends à reconnaître une baffe d’une tarte, je te montre l’hygiène chrétienne et j’mets pas de capotes parce que c’est la honte pour un curé d’aller s’en procurer à la pharmacie. J’te fais chier parce que tu te laves les couilles un peu trop longtemps pour que ce ne soit pas suspicieux, à six heures du matin à l’eau froide, et à la pause de midi je désengrosse des bonnes sœurs malchanceuses à l’aiguille à tricoter. Là-bas le danger c’est pas la savonnette, c’est la confession, mot extrêmement bien choisi qui contient tout ce que le curé veut obtenir de vous. Sans oublier le trip prières « sainte Marie mère de Dieu fais qu’on soit gentils et qu’on aime les pauvres » et chants grégoriens, un coup à péter la gueule à tous les Grégoire à la rentrée en Septembre, et à passer tout Era et Enigma au mixeur. J’ai échappé à ça en fuyant chez les scouts, des gens moins agressifs et à peine moins crétins, tous en uniforme à chanter soit des chansons paillardes soit des rengaines chrétiennes, à faire des messes tous les Dimanche qu’il pleuve, vente ou neige, abattus de fatigue après toute une nuit à se mesurer la bite. Je croyais apprendre les plantes et les pattes de rongeurs à la con, j’ai appris la branlette et les jeux de tarot avec des filles à poil dessus. Il manquait que des nanas dans ces camps là, bon à part les cheftaines, matons hirsutes sensuelles comme la brosse à chiotte d’un bistrot d’alcooliques.
- Ecoute je suis fatigué ce soir. Je ferai ce que je peux pour Dimanche. Salut…
- Et tu cacheras ton horrible tatouage devant le père Magrain.
- Bonsoir.
- Bonsoir, porte-toi bien.
Mon tatouage, une petite tête de mort sur l’avant-bras gauche, pour impressionner Pascale, fait par un pote, gratos, mais qui ressemble à un espèce de signe satanique du coup. En le découvrant mes parents m’ont interdit de voir tous mes camarades tatoués, percés, ou qui portaient trop de noir. Ils ont jeté le disque de Black Sabbath que m’avait prêté ladite Pascale, j’ai même pas eu le temps de l’écouter, c’était un groupe d’ados qui faisaient des chansons sur les super héros, rien à voir avec Satan, mais allez expliquer ça à de l’antiquaille qui n’y comprend rien. On la voit pratiquement plus, ma décalcomanie. Je vais passer un Dimanche atroce. J’ai envie de recommencer ma soirée d’hier, un bar, puis un autre, puis le pont, le fleuve et la paix. Et la vieille qui chlingue, les infirmières hystériques, non, je dois tenir le coup. Un Xanax et au lit. Mon programme de la semaine : aller chercher des CDs chez Jérém, me taper une nana, et aller faire de la lèche auprès du père Magrain, ça fera des vacances aux enfants de cœur.
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